Carnet de route

Sichuan : La revanche des Yaks

Si nous sommes toujours en Chine, nous avons bel et bien l’impression d’être entrés dans un autre univers et cela fait bien longtemps que nous n’avions pas ressenti un tel renouveau. Outre l’altitude et le paysage environnant, l’architecture des maisons, la physionomie des gens et leurs tenues ont changé. Il va être difficile de traduire en mots ce que nous tentons de capter et d’assimiler ici au travers de notre simple regard mais, imaginez-vous à 4000m d’altitude, entre deux gaillards en fourrure aux cheveux longs et bruns et une petite dame peinant à marcher, tenant une canne dans sa main droite, un chapelet dans l’autre. Pas à pas, vous évoluez le long du sentier qui fait le tour du temple, haut perché, en suivant la route du Soleil…Vous y êtes, bienvenue à Litang, cette petite ville montagnarde où votre « Ni Hao » habituel a été remplacé par ce nouveau « Tashi-Delek (Bonjour, Bonne chance…)

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Pour bien comprendre les lieux, il faut commencer, une fois n’est pas coutume par un peu de géographie. Le plateau Tibétain d’une altitude moyenne de 4000m est bordé au sud par l’Himalaya et au nord par le désert du Takla Makan. Le Yunnan et le Sichuan chinois se partagent quelques préfectures de cette grande région (4 fois la France) tandis que le Tibet autonome occupe le reste.

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Quand nous quittons Shangri-La (3300m) il fait un temps magnifique. Bardés de nourriture pour les 4 prochains jours nous sommes prêts et impatients. Le paysage est vallonné. La prochaine ville sur notre parcours, Xiangcheng, est à…deux cols d’ici ! Et oui pour les jours à venir, nous ne parlons plus en kilomètres mais en cols…Nous atteindrons le premier, le matin de notre second jour, après un bivouac sympa au milieu de pins.

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Le paysage prend des airs alpins voire dolomitiques. On est loin de l’aridité désertique qu’on imaginait traverser. A chaque col, sa descente, on commence à s’habituer aux écarts de températures et on comprend les tenues traditionnelles des hommes d’ici notamment une grosse fourrure recouverte de tissu et souvent portée avec un bras couvert, l’autre découvert, la manche étant tout simplement enlevée de l’épaule, pour ne pas trop souffrir de la chaleur. Dans le fond de la vallée, nous roulons en tee shirt alors que nous avions perdu 3 doigts sous l’effet d’un vent polaire en essayant de faire des photos dans la demi-heure précédente.

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col à 4326m

Nous traversons des villages perdus qui semblent dévastés et quasi inhabités où un hôpital en ruine côtoie un bâtiment administratif neuf mais où personne ne semble vivre. Seule une vieille dame tient encore une petite échoppe et quelques brebis et cochons traversent calmement d’un pré à un autre, aucune barrière n’étant là pour contraindre leur liberté.

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Contrairement au Nord du Vietnam où les montées sont quasi verticales, ici, le dénivelé se fait très progressivement, sans trop forcer…Nous franchissons la barrière symbolique des 4000m lorsque nous atteignons le second col à 4326m marquant la frontière entre le Yunnan et le Sichuan. Nos pneus neige ne sont que d’une utilité relative pour l’instant, de rares tronçons à l’ombre sont encore un peu enneigés. Pour autant, on s’amuse un peu à tester leur efficacité sur quelques plaques de glace vive…

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Si les journées sont agréables et ensoleillées, les nuits en tente sont plutôt fraiches. Le thermomètre nocturne affiche à l’intérieur entre 0 et -5 degrés Celcius. Plus que la température elle-même, c’est la condensation qui est gênante, nous trouvons régulièrement une pellicule d’eau sur les duvets lorsque nous nous réveillons. Par chance, nous pouvons encore tout faire sécher en milieu de journée, lors de la pause déjeuner.

Après quatre jours passés sur le fil des 4000m, une interminable piste nous conduit au fond d’une surprenante vallée. D’en haut, comme d’un balcon, nous ne distinguons pas encore les maisons qui ne forment que de petites taches blanches. Ces grandes maisons blanches toutes en terre, aux fenêtres colorées sont superbes. C’est réellement à partir d’ici, de ce point de vue, que nous nous sommes glissés au Sichuan, que nous nous sommes faufilés sur les anciennes terres tibétaines.

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Nous voilà à Xiangcheng ! La douche tant attendue est là ! Nous y faisons une courte pause d’un jour. Nous visitons le temple, très beau, qui nous permet toujours de bénéficier d’une vue globale sur les environs. Le tourisme y est rare mais la petite ville semble en plein développement, les hôtels chinois et les immeubles fleurissent. Nous mangeons au milieu de « Hans » (l’ethnie chinois) et de colosses Tibétains souriants, une soupe au « poivre-fleur », un poivre typique du Sichuan qui anesthésie doucement la langue. La peinture des immeubles est une pâle copie du code couleur des maisons en terre des alentours (blanches et rouges à points blancs !).

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Après 5 jours de soleil, nous ne quittons pas le bulletin météo des yeux, les deux journées suivantes sont des plus cruciales, il s’agit d’atteindre notre plus haut col de cette quinzaine, 4725m. Nous mangeons du pain béni, puisque le col nous est servi sur un plateau ensoleillé et déneigé ! Il faut le dire le pain (cuit au four) ce n’est pas la tasse de thé des chinois, ils lui préfèrent ceux à la vapeur. A notre grande joie, nous avons quitté Xiangcheng, sans avoir oublié de dévaliser le petit stand de pains arabes en forme de galette.

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Nous le franchissons après un bivouac dans un baraquement en dur des ouvriers d’un des nombreux barrages hydro-électriques qui jalonnent la route.

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Le col : 4725m

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C’est un col plat, comme les suivants d’ailleurs, un long plateau aux lacs gelés qui s’ouvre devant nous, balayé par un vent venu d’outre-tombe. Il nous fait forte impression, il exhale la solitude et l’inhospitalité. Pas une âme ici, on comprend pourquoi ! On se dit à ce moment : « heureusement qu’il ne neige pas ! » Et on file, le vent est légèrement en notre faveur…

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Plateau de la solitude

Ce paysage est très vite remplacé 30 km et un col plus tard. Le vent fait la liaison entre les deux. Nous traversons une vallée où nous perdons de nouveau nos repères. Les maisons sont brutes et non plus blanchies à la chaux. En recherchant, un terrain plat pour camper, nous nous écartons légèrement de la route principale pour découvrir un temple adossé à une falaise. Les moulins à prières parcourent l’ensemble de la superficie du monastère, la falaise invitant à lever les yeux vers un plus petit temple, niché sur une terrasse inaccessible.

Alors que nous observons timidement les habitants qui se relaient pour faire tourner l’ensemble des moulins à prière, un vieux monsieur nous encourage à aller tourner nous aussi tous ces beaux moulins dorés… Et nous avons tourné, tourné et tourné…..

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La nuit suivante, nous plantons la tente près d’un autre temple. Les elèves moines viennent à notre rencontre, le vélo est toujours un formidable lien… Nous faisons aussi la connaissance de deux frères éleveurs de yaks. Le vent joue avec nos nerfs et teste la solidité des arceaux déjà bien mal en point. La nuit est calme et cela aurait dû éveiller nos soupçons. Des bruits étouffés sur la toile de tente nous surprennent au réveil. Nous ouvrons l’auvent et découvrons que les vélos ont disparu sous la neige. Nous savons que nous arriverons à Litang en milieu de journée ; la neige c’est presqu’un cadeau lorsque nous plions bagages…

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Le soir

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Le matin

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Enfin Litang ! Petite ville perchée à 4014m d’altitude, entourée de montagnes. Elle a vu naitre les 7e et le 10e Dalaï-Lamas et les premières manifestations contre l’invasion chinoise. Nous nous prenons un peu de repos dans un hôtel fermé ! La tenancière des lieux accepte cependant de nous ouvrir une chambre. Nous y sommes les seuls clients. Apres encore 4 nuits de bivouac, on est impatients de trouver un bon lit et de se réchauffer mais malheureusement il fait 5 degrés dans la chambre…et il n’y a aucun chauffage… Il faut s’y faire…

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Les rues nous amènent instinctivement vers le Thupten Jampaling, le fameux monastère de la ville qui est lui-même, une ville en soi. La Kora (circumambulation / pèlerinage) autour de l’enceinte attire énormément de bouddhistes ce matin, nous nous mêlons à eux. La foule est encore plus importante dans l’enceinte en elle-même. Plus d’une centaine d’élèves moines sont assis au centre entourés de leurs maitres. Le lieu est beau et impressionnant.

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Notre premier mois en Chine touche presque à sa fin et nous devons penser à renouveler notre visa une seconde fois. Nous devons, pour ce faire, nous éloigner des montagnes pour redescendre au pied du plateau. Toutes les villes ne délivrant pas cette précieuse autorisation, nous laissons les vélos à Litang quelques jours puis partons en direction de Chengdu, la capitale du Sichuan. La neige n’en finit pas de tomber sur Litang, mais les bus circulent toujours, même à 4000m. 12h de route sur une route non déneigée avec des habiles rattrapages de glissades par le conducteur…c’était émotionnellement sportif !

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Comme vous pouvez vous en douter, Chengdu est immense et nous circulons en métro. De la culture tibétaine, nous prenons pied dans la culture 100% chinoise : du thé, des pipas et des vêtements de couleur rose ! Nous apprécions les anciennes maisons de thé pour leur animation. Un soir, nous buvons une bière avec une rencontre récente, l’emblème du pays : le Panda. Enfin, le panda est bien minoritaire en comparaison des militaires et policiers dans la ville…On est sous haute surveillance et la bienséance est de rigueur. Aurélie se fera même un jour rappelée à l’ordre pour s’être allongée sur un banc public…

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Un thé aux Chrysanthèmes

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Un panda roux

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La vie d’un panda équilibré

Une fois notre visa renouvelé (9 jours d’attente quand même) nous rejoindrons sans tarder nos montures à Litang pour continuer notre périple. Nous serons de nouveau sur le froid plateau Tibétain à la recherche de quelques Yaks en transhumance.

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Le Kung-fu, ça épuise !

7 comments

  1. Élisabeth & Gérard

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    Super! Super! Vous nous plongez dans une tout autre atmosphère.
    Des paysages vraiment différents et des maisons blanchies aux motifs tibétains : nous sommes dans un autre monde.
    Les photos des habitants sont caractéristiques et on entrevoit, aussi, la rudesse du climat. Que votre randonnée doit être difficile avec tous ces écarts de température !
    Dans ces contrées reculées, vous devez passer pour des extraterrestres…
    Bonne courage pour la suite et bises à tous deux.

  2. stephane

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    A regarder ces photos j’ai l’impression que vous avez retrouvé votre milieu naturel : la montagne
    vous avez l’air plus à l’aise à faire du surf à vélo sur la neige que sur une planche dans l’eau
    J’aime beaucoup les chaussures des élèves moines mais sont-ils tous masculins ou existe-t-il des écoles pour les jeunes filles
    La photo de la vieille dame qui va vers la Kora ressemble beaucoup à celle de la vieille dame thaï » pleine d’humilité et de dignité
    Merci pour vos rencontres que vous nous faites partager
    Bonne route
    Bisous

  3. Bernie

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    Brrr vous êtes courageux pour dormir avec ce froid…Les paysages sont magnifiques heureusement ça motive …je craque pour le panda! Bisous du Béarn bien pluvieux…

  4. Emeline

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    Pff c’est tellement beau que j’en ai le souffle coupé! J’ai qd même repris de l’air pour pouvoir vous écrire un petit mot!!
    Le Tibet est un pays magnifique,,paysages variés et très beaux!
    c’est un coin haut en couleurs et vous vous fondez dans la masse( enfin du moins pour les couleurs flashy de vos vetements)
    Vous êtes vraiment des Warriors car dormir dans ces conditions climatiques , chapeau!
    Bonne route en espérant que l’acquisition des visas ne soit pas trop longue, je pense que vos vélos attendent votre retour avec impatience!!
    Gros bisous

  5. Maurice

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    Toujours aussi beau, mais froid, heureusement que vos commentaires apportent de la chaleur. Il sera intéressant de connaitre les températures maxi et mini que vous avez connues. C’est vrai que c’est totalement différent de l’Asie du sud-est. La Chine semble beaucoup plus austère.
    Les petits moines ne craignent pas le froid avec leurs bras découverts ?
    Les moulins à prière sont un petit clin d’œil pour vous qui moulinez toute la journée.!!
    Vous allez faire passer les coureurs du Tour de France pour des rigolos avec l’altitude des cols que vous passez avec des vélos 3 à 4 fois plus lourds. Après avoir passé tous ces cols enneigés, vous pourrez aller dans nos stations de ski pyrénéennes en vélo avec les skis sur le porte-bagage.
    Pendant que vous utilisez vos pneus neige, vous n’usez pas les pneus classique. Sachez que j’ai toujours un pneu disponible à la maison. Je n’avais pas pu vous l’amener en Argentine faute de place. Vous l’aurez à votre retour pour faire la route Barzun-Bénéjacq.
    Soyez prudent pour la suite de vos pérégrinations sur les froids plateaux (encore allusion au vélo) tibétains.
    Bisous à tous les 2

  6. VERONIQUE B

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    Toujours aussi génial vos photos!

  7. Les C

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    paysages fantastiques, recit fantastique… et coupe de cheveux de Yann fantastique!
    Le Sichuan a l’air fabuleux, c’est le grand ecart par rapport au Yunnan! vos articles nous feraient presque regretter de ne pas vous avoir suivis sur cette route du retour en france par l’est.
    On vous embrasse bien fort depuis Hornopiren (plus que quelques bornes et nous serons a Puerto Montt)

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